Anna Choury

Anna Choury est mathématicienne de formation, ancienne ingénieure de recherche en intelligence artificielle de l’Institut de Mathématiques de Toulouse. Déjà récompensée par des initiatives occitanes, la jeune entrepreneure souhaite promouvoir une intelligence artificielle responsable.

Bio

Féministe à plein temps, Anna Choury se voyait davantage championne de belote que mathématicienne : sa passion pour les cartes manque de lui faire rater son bac, puis la fait échouer en première et deuxième année de mathématiques – la seule faculté l’ayant admise étant la fac de maths, précise-t-elle.

C’est pourtant un destin qui la poursuit, puisqu’elle décide, enfin, de se consacrer aux études. Elle découvre alors les mathématiques sous leur aspect le plus magique, s’initie à la poésie des nombres, comme le font les pythagoriciens dans l’Antiquité grecque, et débute des études d’ingénieure à l’INSAP de Toulouse. L’intelligence artificielle est alors à ses débuts et elle va se jeter à corps perdu dans le machine learning, passionnée par l’idée de nourrir un ordinateur avec des données concernant le monde qui l’entoure, de l’aider à se les approprier, pour finalement le rendre intelligent.

L’essor du big data ne tarde pas à s’annoncer. Première déconvenue : Anna se voit demander par ses responsables de développer un algorithme pour détecter les risques de manifestation sur les réseaux sociaux.

Son premier enjeu de société, Anna le trouve à Toulouse, où elle découvre également l’usage de l’intelligence artificielle pour l’industrie. Désormais ingénieure indépendante, elle se lance dans le véhicule autonome avec un de ses clients. Pour cette enfant de la Corse, où le véhicule est vital, une voiture qui apprend à rouler sur toutes les routes est la solution idéale pour désenclaver les territoires isolés. Deuxième déconvenue : l’algorithme sur lequel est basé le produit imite autant les bons comportements que les conduites à risque. Lorsqu’une entreprise rachète le produit et arrête ensuite le projet, Anna plonge dans une profonde remise en question. C’est l’époque des premiers scandales liés à l’intelligence artificielle (racisme, délit de faciès, discrimination à l’emploi…).  “Quand vous cherchez du travail, l’IA vous montre des postes avec des salaires plus élevés parce que vous êtes un homme.”, se révolte-t-elle.

Objectif :

Ce qu’elle qualifie de “discrimination stupide” devient son prochain cheval de bataille : avec son ancienne équipe, elle fonde le projet Maathics, basé sur une intelligence artificielle qui détecte les comportements discriminatoires de…l’intelligence artificielle. L’ambition de Maathics : créer un label d’équité pour le big data, un fair data use, à l’image de ce qui se fait pour le commerce équitable. Une certification qui donnerait de la visibilité aux citoyens lorsqu’ils consomment des données, et qui éviterait aux entreprises de se retrouver dans l’illégalité.

“Le rôle de Maathics est de corriger pas à pas le profond déséquilibre qui existe dans les données d’apprentissage”, explique-t-elle. Mais Maathics est bien plus qu’une start-up : c’est la revanche d’une femme sur les préjugés et les injonctions qui la poursuivent, même après le lancement de son entreprise. Rédiger un business plan en béton, avoir le “bon” profil pour convaincre les investisseurs, être mère et entrepreneure…C’est là toute l’identité de Maathics : une start-up de matheux portée par une femme qui lutte contre les discriminations causées par l’intelligence artificielle.

« L’IA reproduit, amplifie et justifie ce qu’elle voit dans le monde, nos bons comme nos mauvais mécanismes. Il est temps de réfléchir à l’équité dans ce domaine.« 

Anna ChouryCofondatrice et présidente de Maathics