Boubacar Sagna

Avec sa verve enflammée et son discours engagé, Boubacar détonne dans l’univers des startups toulousaines. Né en Mauritanie il y a 35 ans d’une mère malienne et d’un père sénégalais, il se définit lui-même comme un « Sahélien ».

À 8 ans, l’enfant se réfugie avec sa famille au Sénégal pour fuir un conflit frontalier. Après le bac, sa mère vend tous les bijoux en or de la famille – « les économies de toute une vie » – pour qu’il accomplisse son rêve : entrer en fac d’histoire à Toulouse.

Bio

Fils d’un Mauritanien et d’une Malienne, ayant grandi au Sénégal à la suite du conflit sénégalo-mauritanien de 1989, Boubacar Sagna se définit comme un enfant du Sahel, libre de toute frontière. La discrimination lui est malheureusement familière : il la vit d’abord au Sénagal, où il est exclu du fait qu’il ne parle pas le wolof. En France, c’est l’auto-discrimination qui le marque le plus : celle que s’infligent des communautés longtemps habituées aux portes closes.

Tour à tour plongeur, manoeuvre en bâtiment, peintre ou encore agent de sécurité, Boubacar passe par toutes les cases que connaissent si bien des jeunes de sa condition, et pourrait baisser les bras devant l’apparente évidence que l’épanouissement professionnel n’est pas fait pour lui. Mais Boubacar a un allié : la littérature. C’est dans les livres qu’il puise la force de rêver à autre chose, c’est en eux qui se réfugie pour mieux comprendre les défis humains et les mille et une manières de les surmonter.

Objectif :

C’est un livre qui lui donnera raison dans sa détermination à réussir : “la routine de l’aliénation ne vaut pas l’incertitude de la liberté” (Jacques Attali). Alors qu’il vient de perdre son emploi dans la fonction publique, et son titre de séjour dans la foulée, Boubacar se retrouve sans papiers, mais avec un atout qui le fera longtemps réfléchir : la carte vitale.

Un sésame pour la santé, accessible à tous, indépendamment de la condition sociale : voilà une dispositif qui semble banal et qui fait pourtant de la France une terre d’exception ! Fortement remonté contre les injustices, Boubacar Sagna remarque qu’en Afrique, on peut mourir de pauvreté, quand on n’a pas l’argent nécessaire à la prise en charge des soins. “Lla foi en bandoulière”, il décide de mutualiser les dons financiers envoyés par la diaspora africaine en Afrique, lesquels peuvent être importants, et de créer un système de couverture santé qui ouvrirait les soins à tous les africains.

Il obtient le soutien de la clinique de l’Institut Pasteur, bénéficie de l’appui de personnalités politiques de tous bords, et gagne le trophée de l’économie numérique, qui lui permettra d’avoir enfin des papiers en règle. La définition de son nouveau métier, il le doit au sourire d’une femme qu’il a croisée en Afrique, une femme qui n’avait pas accès aux soins pour des raisons financières, et qu’il a aidée dans un élan d’empathie : Boubacar se définit comme un apporteur de bonheur.

« J’ai l’obligation de réussir, car si je réussis, ceux qui subissent des discriminations sauront qu’il leur est aussi possible de réussir ».

Boubacar SagnaFondateur de Yenni